« À l’école, tout se passe très bien. Il est agréable, il écoute, il respecte les consignes »
Et toi, tu écoutes la maîtresse en te demandant discrètement si vous parlez bien du même enfant. Parce que celui que tu récupères à 16 h 30, il suffit parfois de lui demander de poser ses chaussures au bon endroit pour déclencher une crise qui ferait presque passer cette demande pour une atteinte à ses droits fondamentaux.
Alors forcément, tu t’interroges. Pourquoi arrive-t-il à se comporter correctement toute la journée alors qu’une fois à la maison, tout devient compliqué ? Et surtout, pourquoi avec toi ?
Et si c’était justement parce qu’il se sent bien avec toi ?
C’est souvent la première chose que j’ai envie de dire aux parents qui me racontent ces situations. Un enfant qui retient ses émotions pendant plusieurs heures peut avoir besoin de les laisser sortir lorsqu’il retrouve un environnement familier, auprès de personnes avec lesquelles il se sent suffisamment en confiance.
Alors oui, présenté comme ça, c’est presque touchant. Dans les faits, quand tu es en train de gérer une crise pour une histoire de chaussettes alors que tu n’as même pas encore posé ton sac, le côté attendrissant de la situation est nettement moins évident.
Mais je trouve que cette façon de regarder les choses change déjà beaucoup. Ton enfant ne cherche pas nécessairement à te compliquer la vie. Il peut simplement ne plus réussir à contenir ce qu’il a contenu toute la journée.
Évidemment, ce n’est pas la seule explication possible. La fatigue, la faim, les frustrations accumulées ou certaines sensibilités sensorielles peuvent également intervenir. Et tous les enfants ne fonctionnent pas de la même manière.
Une journée d’école, ce n’est pas seulement apprendre à lire et à compter
Quand on pense à la fatigue scolaire, on pense spontanément aux apprentissages. Mais il y a aussi tout ce qu’on demande aux enfants en dehors des exercices : rester assis, attendre son tour, supporter le bruit, écouter les consignes, gérer les interactions avec les autres, passer d’une activité à une autre ou encore accepter les imprévus.
Certains enfants traversent leur journée sans trop de difficultés apparentes. Pour d’autres, cela demande énormément d’efforts, qui ne sont d’ailleurs pas toujours visibles. Un enfant peut parfaitement respecter les règles à l’école tout en ayant passé sa journée à lutter contre son envie de bouger, à essayer de rester attentif ou à supporter un environnement qui lui demande beaucoup d’adaptation.
Alors le soir, les ressources disponibles ne sont plus forcément les mêmes. On parle parfois d’effondrement après l’école pour décrire ce relâchement émotionnel et comportemental. Ce n’est pas un diagnostic et cela ne concerne pas uniquement les enfants présentant un trouble du neurodéveloppement, mais c’est une piste intéressante à explorer lorsqu’on constate un décalage important entre l’école et la maison.
« En vingt ans de métier, je l’aurais remarqué »
Cette phrase, je l’ai entendue personnellement. L’enseignante de mon fils m’a expliqué qu’avec plus de vingt ans d’expérience, elle aurait forcément remarqué s’il présentait une particularité neurodéveloppementale.
Sauf que cette particularité existe bel et bien. Simplement, elle ne se manifeste pas forcément de la manière attendue dans sa classe. Et moi, le soir, je vois très bien certaines difficultés qui passent inaperçues pendant la journée.
Je ne raconte pas cette situation pour remettre en question les compétences des enseignants. Ils ont un groupe entier à accompagner, des programmes à suivre et des conditions d’observation très différentes de celles des parents. Mais cette expérience m’a confortée dans une conviction : on ne peut pas résumer le fonctionnement d’un enfant à ce qu’on observe dans un seul environnement.
Un enfant peut avoir des difficultés importantes à la maison et présenter un comportement adapté à l’école. L’inverse existe également. C’est d’ailleurs pour cela que lorsqu’on cherche à comprendre certaines difficultés, il est important de croiser les observations des parents, des enseignants et, lorsque c’est nécessaire, des professionnels de santé.
Non, un enfant qui fait des crises n’est pas forcément un enfant mal élevé
C’est probablement l’une des idées qui me dérangent le plus : cette tendance à associer automatiquement les difficultés comportementales à un manque d’éducation. Comme si un enfant qui crie, s’oppose ou pleure avait nécessairement des parents qui ne savent pas poser de limites.
Bien entendu, le cadre éducatif a son importance. Les enfants ont besoin de repères, de cohérence et de limites. Mais réduire une crise à un problème d’autorité, c’est parfois passer complètement à côté de ce qui se joue.
Un enfant qui ne parvient plus à réguler ses émotions n’est pas forcément en mesure d’accéder immédiatement à ce qu’on lui demande, et augmenter le niveau de fermeté ne résout pas systématiquement le problème. Je ne dis pas qu’il faut tout accepter, simplement qu’avant de chercher à obtenir un comportement différent, on peut essayer de comprendre pourquoi ce comportement apparaît.
Chez moi aussi, il a fallu changer des choses
Et je précise tout de suite que je n’ai pas trouvé la formule magique. Je suis sophrologue, je me suis formée aux troubles du neurodéveloppement, je connais des outils de régulation émotionnelle et j’accompagne des familles sur ces sujets. Pourtant, il m’arrive encore de réagir exactement comme je conseillerais à un parent d’éviter de le faire. Voilà, ça, c’est dit.
Avec le temps, j’ai changé plusieurs habitudes à la maison. J’ai notamment arrêté d’enchaîner les questions à la sortie de l’école parce que finalement, quand mon enfant vient de passer plusieurs heures à écouter, répondre, réfléchir et s’adapter, lui demander immédiatement de me raconter sa journée n’est pas forcément ce dont il a besoin.
J’ai aussi aménagé un espace de décompression, un endroit où il peut retrouver un peu de calme et s’isoler des sollicitations lorsqu’il en ressent le besoin. On utilise des jeux autour des émotions, on lit des livres ensemble sur ces sujets et on essaie de mettre des mots sur ce qui se passe.
J’ai surtout progressivement accepté de ne pas chercher à faire entrer notre fonctionnement familial dans un modèle qui ne nous correspond pas. Ce n’est pas toujours simple. Il y a des jours où j’arrive à prendre du recul, à comprendre ce qui se joue et à adapter ma réaction. Et puis il y a des jours où je suis fatiguée, moins disponible, où je m’agace et où je me rends compte après coup que j’aurais pu faire autrement.
Je crois que c’est aussi important de le dire. Comprendre le fonctionnement de son enfant ne signifie pas qu’on devient un parent capable de réagir parfaitement à chaque situation.
Et si on essayait simplement autre chose ?
Ce que j’aimerais surtout transmettre aux parents, c’est qu’on n’est pas obligé de reproduire systématiquement les façons de faire qu’on a connues. On a parfois grandi avec l’idée qu’un enfant doit obéir immédiatement, qu’il ne faut pas céder, qu’une crise doit être stoppée rapidement. Et lorsqu’on devient parent, on reproduit naturellement certains de ces réflexes.
Mais si une manière de faire provoque les mêmes conflits chaque soir, pourquoi ne pas essayer de la modifier ?
Ça peut commencer par des choses assez simples : laisser un temps de transition après l’école avant de demander quoi que ce soit, proposer une collation et un moment calme avant les devoirs, accepter qu’un enfant ait besoin de bouger plutôt que de s’asseoir immédiatement, revenir sur une crise une fois que tout le monde est apaisé plutôt que d’essayer de raisonner un enfant en pleine tempête émotionnelle, ou encore chercher avec lui ce qui pourrait l’aider la prochaine fois.
Ce ne sont pas des solutions universelles. Certaines fonctionneront, d’autres non. L’idée est d’observer, d’essayer, d’ajuster, en gardant à l’esprit que les besoins de ton enfant peuvent être différents de ceux de son frère, de sa sœur ou de l’enfant de tes amis.
Et la sophrologie dans tout ça ?
Dans mes accompagnements, je travaille notamment autour de la reconnaissance des émotions, des sensations corporelles et des moyens de régulation. Avec les enfants, les exercices passent souvent par le jeu, le mouvement, des supports visuels ou des histoires. Et lorsque l’enfant présente un TDAH ou d’autres particularités neurodéveloppementales, j’adapte les propositions à son fonctionnement.
Je ne vais pas demander à un enfant qui a besoin de bouger de rester immobile pendant toute une séance sous prétexte qu’il vient faire de la sophrologie. Ce serait quand même assez contradictoire.
J’accorde également beaucoup de place aux échanges avec les parents, parce que ce qui se passe en séance doit pouvoir trouver un sens dans le quotidien. La sophrologie ne remplace pas un bilan ou un accompagnement médical lorsque les difficultés le nécessitent. Elle peut en revanche apporter des outils complémentaires pour mieux reconnaître les émotions, les tensions et les besoins de chacun.
Et si, cette semaine, tu changeais juste une chose ?
Pas besoin de revoir toute l’organisation familiale dès demain. Tu peux commencer par observer comment ton enfant rentre de l’école, à quel moment les tensions apparaissent et ce qui semble les amplifier, puis essayer une petite modification et regarder ce que ça donne.
Peut-être que ça ne changera rien du premier coup, peut-être qu’il faudra ajuster plusieurs fois. Je continue moi-même à le faire. Mais je préfère largement chercher une façon de fonctionner qui nous convient plutôt que de passer mes soirées à essayer de faire rentrer tout le monde dans un moule.
Et accessoirement, si on pouvait éviter quelques crises entre 16 h 30 et le dîner, je pense que personne ne s’en plaindrait.
Je suis Céline, sophrologue à Fismes et Jonchery-sur-Vesle, spécialisée dans l’accompagnement des femmes, de la maternité, des enfants et les troubles du neurodéveloppement.
J’accompagne notamment les enfants qui rencontrent des difficultés de régulation émotionnelle, de confiance en eux ou de gestion du quotidien, ainsi que leurs parents.
Si tu te reconnais dans certaines situations de cet article, tu peux découvrir mes accompagnements en sophrologie sur Périnatalia.