On parle beaucoup de ce qui change quand on devient maman. Le sommeil, le corps, le couple, les habitudes, les priorités, l’organisation du quotidien… et on a généralement droit à une quantité assez impressionnante de conseils sur la meilleure manière de gérer tout ça…
Mais il y a un sujet dont on parle beaucoup moins : ce qui se passe lorsqu’une femme devient maman alors qu’elle présente un TDAH, qu’elle en ait conscience ou non.
Parce que la maternité demande énormément de capacités d’adaptation, d’organisation et de régulation émotionnelle. Et quand ce sont justement des domaines dans lesquels on rencontre déjà des difficultés, l’arrivée d’un enfant peut venir sérieusement bousculer un équilibre qui, jusque-là, tenait parfois grâce à beaucoup d’efforts.
Quand la maternité amplifie des difficultés qui existaient déjà
Avant de devenir maman, on a généralement construit sa vie autour de son propre fonctionnement, même sans forcément en avoir conscience. On a ses habitudes, ses petites stratégies, ses façons de récupérer, d’organiser ses journées ou de gérer les imprévus.
Et puis un bébé arrive, avec ses besoins, ses rythmes et cette capacité assez remarquable à avoir besoin de nous précisément au moment où on avait prévu de faire autre chose.
Évidemment, tous les jeunes parents doivent s’adapter. Mais chez une femme présentant un TDAH, certaines difficultés peuvent prendre une place beaucoup plus importante, notamment lorsqu’elles concernent l’attention, la planification, la gestion des émotions ou la sensibilité aux stimulations.
Ce qui était déjà compliqué à gérer peut devenir franchement épuisant lorsque les sollicitations se multiplient et que les possibilités de récupération diminuent.
Et le plus déroutant, c’est qu’on peut avoir l’impression que toutes ces difficultés sont apparues avec la maternité, alors qu’elles étaient parfois présentes depuis bien plus longtemps.
Les émotions, les pleurs, le bruit… et cette impression de tout ressentir plus fort
Devenir maman s’accompagne souvent d’émotions intenses. Il y a évidemment beaucoup de moments heureux, mais aussi des inquiétudes, de la frustration, de la fatigue, des doutes et parfois des sentiments contradictoires qu’on n’avait pas vraiment anticipés.
Chez certaines femmes avec un TDAH, la régulation émotionnelle peut déjà représenter une difficulté au quotidien. Les émotions arrivent parfois très vite, prennent beaucoup de place et demandent davantage de temps pour redescendre. Ajoutons à cela les pleurs d’un bébé, les nuits interrompues, les sollicitations permanentes et, pour certaines, une sensibilité particulièrement importante au bruit. On peut alors se retrouver dans des situations où l’on comprend parfaitement que son bébé a besoin de nous, tout en ressentant soi-même une surcharge difficile à supporter.
Et c’est parfois là que la culpabilité s’installe, parce qu’on a l’impression qu’une maman devrait naturellement réussir à accueillir les pleurs, rester patiente et trouver les bonnes réponses, même lorsqu’elle est épuisée. Sauf que comprendre les besoins de son enfant et être capable d’y répondre sereinement à chaque instant sont deux choses différentes.
Il est possible d’aimer profondément son bébé et de trouver ses pleurs particulièrement difficiles à supporter. Il est possible d’avoir envie de le prendre dans ses bras tout en ressentant, à certains moments, le besoin de ne plus être touchée.
Ces réactions ne sont pas propres au TDAH et ne concernent pas toutes les femmes qui présentent ce trouble, mais elles peuvent être particulièrement marquées lorsque des difficultés de régulation émotionnelle ou de traitement sensoriel sont déjà présentes.
L’organisation familiale, ou comment découvrir qu’il faut désormais penser à absolument tout
Quand on parle de TDAH, on pense souvent à la distraction ou aux difficultés de concentration. Pourtant, les fonctions exécutives jouent aussi un rôle important dans notre capacité à anticiper, planifier, hiérarchiser les tâches, gérer le temps et passer d’une activité à une autre. Et la maternité sollicite toutes ces compétences en permanence. Il faut penser aux rendez-vous médicaux, aux vêtements devenus trop petits, aux repas, aux courses, aux horaires, aux affaires à préparer, aux démarches administratives, sans oublier les imprévus qui viennent régulièrement modifier ce qu’on avait prévu.
Pour certaines femmes, cela représente une charge cognitive considérable, d’autant plus qu’une grande partie de cette organisation reste invisible pour l’entourage. Et parfois, cette difficulté à s’organiser donne lieu à quelque chose d’assez paradoxal : une organisation absolument impressionnante.
Des tableaux pour les tâches, des tableaux pour les petits-déjeuners, des tableaux pour les événements, des tableaux pour les émotions… À ce stade, il ne manque plus qu’un tableau pour savoir dans quel tableau on a noté l’information qu’on cherche.
Ça peut faire sourire, mais derrière cette hyperorganisation, il y a parfois un véritable besoin de compenser des difficultés d’attention, de mémoire de travail ou d’anticipation.
Vu de l’extérieur, on peut avoir l’impression de regarder une personne extrêmement organisée, alors qu’en réalité, cette organisation lui demande énormément d’énergie et lui permet surtout de ne pas se laisser déborder. Ce qui fonctionne très bien, d’ailleurs, jusqu’au moment où un imprévu vient modifier tout le programme. Et avec des enfants, autant dire qu’il vaut mieux prévoir quelques imprévus.
Pourquoi certaines femmes découvrent leur TDAH après être devenues mamans
Le TDAH ne commence pas avec la maternité. C’est un trouble du neurodéveloppement dont les manifestations apparaissent pendant l’enfance, même si elles ne sont pas toujours identifiées à ce moment-là. Chez certaines femmes, les difficultés ont longtemps été compensées par des stratégies personnelles, un investissement important ou un environnement suffisamment structuré pour leur permettre de fonctionner.
La maternité peut venir fragiliser cet équilibre, simplement parce que les exigences augmentent alors que le temps, le sommeil et les possibilités de récupération diminuent. Certaines femmes commencent alors à s’interroger sur leur fonctionnement, parfois après avoir passé des années à se considérer comme désorganisées, trop sensibles, trop émotives ou incapables de gérer certaines situations aussi facilement que les autres. Il arrive aussi que le parcours diagnostique d’un enfant amène un parent à reconnaître chez lui des difficultés similaires et à entreprendre ses propres démarches.
Ce qui me semble particulièrement important, c’est de comprendre qu’un diagnostic posé à l’âge adulte peut parfois permettre de relire une partie de son histoire différemment. Des réactions qu’on pensait uniquement liées à la fatigue ou à la maternité peuvent prendre un autre sens lorsqu’on comprend qu’elles s’inscrivent dans un fonctionnement présent depuis longtemps.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les difficultés rencontrées après une naissance relèvent d’un TDAH. Le manque de sommeil, l’anxiété, les bouleversements du post-partum ou certaines difficultés de santé peuvent provoquer des manifestations proches et nécessitent parfois une évaluation spécifique.
Et si on arrêtait un peu de comparer les mamans entre elles ?
C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce que les comparaisons et les injonctions autour de la maternité sont déjà suffisamment nombreuses sans qu’on ait besoin d’en rajouter.
Il y a celles qui semblent réussir à tout gérer, celles dont les enfants ont des rythmes parfaitement organisés, celles qui reprennent rapidement leurs activités, celles qui trouvent du temps pour elles et celles qui donnent l’impression de traverser leur maternité avec une facilité déconcertante. Évidemment, on ne voit jamais tout ce qui se passe derrière.
Mais lorsqu’on présente un fonctionnement neuroatypique, ces comparaisons peuvent devenir particulièrement difficiles à vivre. On peut avoir le sentiment de devoir fournir beaucoup plus d’efforts pour obtenir un résultat qui semble naturel chez les autres. Et à force de se comparer, on finit parfois par interpréter ses difficultés comme un manque de capacités personnelles. Alors qu’il serait peut-être plus intéressant de se demander si les attentes, les méthodes d’organisation et les conseils que l’on essaie d’appliquer correspondent réellement à notre fonctionnement. Parce qu’une méthode peut être excellente pour une personne et complètement inadaptée pour une autre. Et ce n’est pas parce qu’on a toujours entendu qu’il fallait faire d’une certaine manière qu’on est obligée de continuer.
Le TDAH, ce n’est pas uniquement une accumulation de difficultés
Je ne voudrais pas non plus que cet article donne l’impression que devenir maman avec un TDAH se résume à une succession de complications.
Certaines femmes décrivent aussi une sensibilité importante, une grande capacité à percevoir les émotions de leur entourage, une forme d’intuition ou une spontanéité qu’elles apprécient dans leur relation avec leurs enfants. Ces caractéristiques ne sont pas des symptômes spécifiques du TDAH et ne constituent pas des qualités automatiquement associées à ce trouble. Mais elles peuvent faire partie de la manière dont certaines femmes vivent leur maternité. On peut rencontrer des difficultés dans l’organisation quotidienne et être particulièrement attentive aux émotions de son enfant. On peut avoir besoin d’outils pour gérer les imprévus tout en faisant preuve d’une grande créativité dans les moments partagés.
L’important est de pouvoir reconnaître l’ensemble de son fonctionnement, sans le réduire à ses difficultés ni chercher à transformer chaque particularité en superpouvoir.
Et concrètement, qu’est-ce qu’on peut changer ?
Je pense qu’une des premières choses à faire est d’arrêter de chercher systématiquement à fonctionner comme les autres.
Si une organisation très détaillée permet de libérer de l’espace mental, pourquoi s’en priver ? Si les rappels, les tableaux ou les routines visuelles facilitent le quotidien, ils ont parfaitement leur place dans la maison, même si cela commence à ressembler à une petite salle de contrôle. En revanche, il peut être utile de regarder si tous ces outils nous aident réellement ou s’ils finissent par devenir une source de pression supplémentaire.
On peut aussi apprendre à mieux identifier les situations de surcharge. Certaines femmes auront besoin de réduire les stimulations sonores, d’autres de prévoir des temps de récupération, de répartir différemment les responsabilités familiales ou de simplifier certaines tâches.
Et puis il y a toute la question des émotions, qui mérite qu’on lui accorde une vraie place. Comprendre ce qui déclenche une réaction, reconnaître les premiers signes de tension et expérimenter différentes façons de retrouver un état plus apaisé peut permettre de mieux vivre certaines situations.
Il n’existe pas de solution identique pour toutes les femmes, et les ajustements les plus utiles sont souvent ceux qui tiennent compte de la réalité du quotidien plutôt que d’un idéal d’organisation.
Pourquoi ce sujet a toute sa place chez Périnatalia
Lorsque j’ai commencé à accompagner les femmes autour de la maternité, je m’intéressais déjà beaucoup à leurs émotions, à leur confiance et aux difficultés qu’elles pouvaient rencontrer pendant la grossesse ou après la naissance. Ma spécialisation dans les troubles du neurodéveloppement est venue enrichir ce regard, mais elle m’a aussi amenée à reconsidérer certaines situations que j’avais pu observer ou vivre autrement.
Je trouve aujourd’hui essentiel de tenir compte du fonctionnement de chaque personne plutôt que de proposer systématiquement les mêmes outils.
Une femme qui présente des difficultés attentionnelles, une sensibilité sensorielle importante ou une régulation émotionnelle compliquée n’aura pas nécessairement besoin du même accompagnement qu’une autre, même si toutes les deux viennent consulter pour du stress ou de la fatigue.
En sophrologie, nous pouvons travailler autour des sensations corporelles, des émotions, de la détente et de la visualisation, avec des exercices adaptés aux besoins et aux possibilités de chacune. La sophrologie ne traite pas le TDAH et ne remplace pas un accompagnement médical ou psychologique lorsqu’il est nécessaire. Elle peut toutefois trouver sa place dans une démarche complémentaire, notamment pour expérimenter des outils de détente et mieux reconnaître certains signes de surcharge.
Et lorsqu’il est question de maternité, je trouve important de ne pas séparer artificiellement les sujets. Le sommeil, l’allaitement, la fatigue, les émotions, l’organisation familiale et le fonctionnement neurodéveloppemental peuvent tous avoir leur importance dans ce que traverse une femme.
Devenir maman ne devrait pas obliger à rentrer dans un moule
Ce que j’aimerais surtout transmettre avec cet article, c’est qu’on peut devenir maman et découvrir que certaines choses nous demandent beaucoup plus d’efforts qu’on ne l’imaginait, sans que cela signifie qu’on est moins capable que les autres. On peut aussi comprendre, parfois plusieurs années après, que des difficultés attribuées à la maternité étaient en réalité des particularités de fonctionnement que cette nouvelle période de vie avait amplifiées. Et cette compréhension peut changer beaucoup de choses dans la manière dont on se regarde, dont on organise son quotidien et dont on choisit de se faire accompagner.
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être complètement dépassée pour chercher des réponses, ni de continuer à appliquer des méthodes qui ne nous correspondent pas simplement parce qu’elles fonctionnent chez les autres.
Personnellement, je trouve qu’on a déjà suffisamment de choses à gérer quand on devient maman pour ne pas avoir à se rajouter l’obligation de le faire exactement comme tout le monde.
Je suis Céline, sophrologue spécialisée dans l’accompagnement des femmes, de la maternité, des enfants et les adaptations aux troubles du neurodéveloppement.
Je propose des séances personnalisées à Fismes et Jonchery-sur-Vesle, près de Reims, pour accompagner notamment les difficultés émotionnelles, le stress et les périodes de changement.
Si tu te reconnais dans certaines situations évoquées ici, tu peux découvrir mes accompagnements sur Périnatalia ou me contacter pour échanger sur tes besoins.